Étape 8 : de Kuonjarjoki à Saarijärvi
Grasse matinée
Il y a du laisser aller. Je me réveille un poil plus tard que d'habitude. Le soleil lui, est déjà debout.
En sortant faire mon habituel petit tour à l'extérieur post réveil, je croise un de mes charmants voisins et lui dit bonjour. Il me répond à peine. Ok. C*nnard.
Une épaisse couche de neige est tombée pendant la nuit. C'est joli, mais ça ne va pas me faciliter la vie du tout.
Je prends mon petit déjeuner et commence à préparer mes affaires. Je traîne. Rien ne presse. Le plan est de rejoindre Saarijärvi et d'y passer les deux prochains jours. Je commence à calculer pour ne pas terminer le trek trop tôt. Saarijärvi, j'ai mis une demi-journée à l'aller, donc je vais certainement mettre à peu près la même chose au retour. Peut-être moins vu que ça devrait descendre un peu plus.
Bon, ils ne veulent pas partir devant les deux tartempions là ? Pour me faire la trace... Ils auraient au moins ça de sympathique.
Ah si ! Ça y est ! Ils démarrent.
Comme la veille, il y en a un des deux qui semble un poil plus sociable que l'autre et qui me parle un peu. Ils rentrent directement à Kilpisjärvi. Je ne les retrouverai donc pas à Saarijärvi. Quel dommage...
Mince ! Ils m'ont rendu aigri !
En route pour Saarijärvi
Les skis sont aux pieds, la pulka est accrochée. Eh bien allons-y ! Si ma mémoire est bonne, ça va monter un bon coup pour passer le relief qui est face à la cabane, puis ensuite je vais avoir une bonne descente, avant de terminer sur un long faux plat descendant jusqu'à Saarijärvi.
Comme la veille, il y a beaucoup de vent, mais à l'inverse cette fois-ci, la visibilité est bonne.
La trace de mes deux amis est vite recouverte à cause de la fine neige qui est soufflée par le vent. Bon, c'est difficile, mais j'avance tout de même.
Une fois le relief passé, le vent se calme. Comme il fait plutôt beau, je décide de faire voler le drone. Probablement une des dernières fois, car je commence à être juste niveau batteries.
J'arrive à la cabane pour le repas. Ça m'a paru beaucoup moins laborieux qu'à l'aller.
Retour à Saarijärvi
Comme je le disais, je compte passer deux nuits ici, pour ne pas rentrer à Kilpisjärvi trop tôt et avoir le temps d'explorer un peu les environs.
J'envisage de poser la tente à côté de la cabane cette nuit. Comme on m'annonce un vent fort, ça me fera l'occasion de tester ce que ça donne dans ces conditions.
Je démarre mon petit feu habituel, puis vais à la rivière chercher de l'eau. J'ai beau savoir qu'il faut faire attention, ça ne m'empêche pas d'avoir un pied qui termine à la flotte... Sans gravité, heureusement.
Deux gars sont arrivés à la cabane entre temps. Vu les marques de leur équipement, je mise une pièce sur des anglais. Bingo ! Ils restent juste pour prendre rapidement leur repas et continuer sur Kuonjarjoki, de là où je viens. Ils sont super sympa, je comprends bien leur anglais et ils semblent bien comprendre le mien, aussi bancal soit-il.
J'ai remarqué un trépied accroché sur le dessus d'une de leur pulka. J'engage la conversation là-dessus, pour savoir ce qu'ils viennent photographier. Ils me répondent qu'en fait, ils sont en train de faire un film. L'un est aventurier, l'autre cinéaste. Ils vont jusqu'au Cap Nord, tout au nord de la Norvège. On s'échange nos contacts sur les réseaux sociaux pour se montrer ce qu'on fait. Pendant l'opération, ils se rendent compte qu'on capte la 4G pour les téléphones portables depuis la cabane. Non ! Pas pour moi. Je veux rester déconnecté jusqu'à mon arrivée à Kilpisjärvi. Je veux que mon seul lien soit mon Garmin. Comme ça, seul le strictement nécessaire passe.
Ils se remettent en route. Bon courage les gars !
De mon côté, je prépare mon sac à dos pour aller explorer la zone. J'ai toujours en tête cet endroit que le finlandais m'a montré sur la carte le premier jour, où vivrais un renard.
Un gars arrive dehors. Mais il continue tout droit, vers la cabane réservable qui est située quelques dizaines de mètres plus loin.
Je sors, avance quelques minutes, puis me ravise. Ça ne sert à rien. Les conditions se sont dégradées et la visibilité est nulle. Zut ! Retour à la cabane.
Le vent est vraiment très fort. Beaucoup plus que les jours précédents. Je reviens sur ma décision de planter la tente pour cette nuit. Certes, c'est une bonne opportunité pour tester, mais franchement, il faudrait être stupide pour s'infliger ça alors qu'il y a une super cabane chaude et confortable à dix mètres. Je ne suis pas maso, ou peut-être plus complètement.
Finalement, j'y ai pris goût à ces cabanes. Ce n'était pas le plan initial, mais tant pis. Le plan a changé. J'ai plus de temps, j'y laisse moins d'énergie. Ça me permet de me retrouver. J'entretiens mon feu, je lis, chose que je ne fais quasiment plus habituellement, je regarde les éléments se déchaîner dehors. Je m'accorde le temps de ne rien faire, sans culpabiliser. Ça me fait du bien.
Entre la préparation de cette aventure, celle de mes différentes expositions que j'ai enchaînées dans les mois et même semaines qui ont précédés, tout cela en plus d'un emploi à plein temps, je n'ai pas touché terre depuis bien trop longtemps. Toujours quelque chose en tête "ah tiens, il faut que je fasse ci, que je pense à ça...". Alors oui, cette fois-ci, je suis là, il n'y a plus rien à préparer ou à quoi penser, alors je souffle. Je ne fais rien, je me pose. Je pense que j'en avais besoin.
Dehors, les conditions empirent. De grosses rafales arrivent dans la soirée alors que je suis en train de prendre mon repas. L'air se ressent jusqu'à l'intérieur. La température de la cabane a chuté de 5° en quelques dizaines de minutes.
Je suis obligé de porter mon masque pour sortir faire la petite pause technique avant d'aller me coucher.
Il est vraiment génial ce masque d'ailleurs. Je peux le porter dans n'importe quelles conditions, il s'adapte à la luminosité, même la nuit.
Je me fais un petit cocon sur ma banquette, avec une loupiotte pour bouquiner avant de me coucher. Et demain, grasse matinée !

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