Étape 2 : de Saarijärvi à Kuonjarjoki
Reprendre en douceur
La nuit fut bonne, même si je me réveille tôt à cause de la luminosité ambiante.
Je me rends compte que mes super nouvelles chaussures "hyper confortables" m'ont déjà fait une grosse ampoule qui s'est écorchée sur le talon. Il va falloir que je m'occupe de ça avant de repartir.
Je vais faire un petit tour dehors pour m'aérer, avant de démarrer mon petit déjeuner. C'est encore venteux, et je me prépare à l'idée que ce sera toujours le cas ici, mais les conditions donnent déjà beaucoup plus envie que la veille. On y voit clair, il y a de jolies couleurs avec le soleil qui peine à sortir de son lit.
Il est vraiment très tôt, autour de 6h. Alors je peux me payer le luxe de prendre mon temps.
Je me fais un bon petit déjeuner, bien chargé en céréales, avec supplément beurre de cacahuète, barres de céréales que je n'ai pas mangées la veille, fruits secs...
Avant de partir en promenade, le finlandais m'indique sur la carte où se situe l'endroit où il pense avoir vu les terriers de renard. J'irai probablement voir ça au retour, dans quelques jours. Il me montre aussi où se trouve le point pour aller chercher de l'eau près de la cabane. "Fais attention à ne pas tomber dedans", me dit-il en rigolant. Mais je sentais quand même qu'il y avait un fond de vérité dans son avertissement. Une fois mon petit déjeuner ingurgité, je me fixe comme mission de refaire le stock d'eau. Il y a une petite rivière non gelée qui passe un peu plus loin. Et effectivement, avec la neige qui déborde sur les berges, il y a moyen de finir avec les pieds dedans si on ne fait pas attention.
Je vois passer les deux allemands ainsi que tout un tas de motoneiges. Au moins, la piste sera tassée !
Une fois mes thermos remplis d'eau chaude pour la journée et tout mon barda chargé dans la pulka, il est temps de me remettre en route.
C'est mieux !
Me voilà reparti. C'est beaucoup plus agréable que la veille. La visibilité est maximale. J'y vois très loin dans cet immense désert blanc. C'est bien moins oppressant.
Le soleil fait du bien. Il chauffe juste ce qu'il faut. C'est beaucoup plus calme aussi. Il y a tout de même un peu de vent, bien qu'il ait baissé en s'éloignant de Saarijärvi d'ailleurs. Au point que j'en viens même à me dire que c'est une bonne occasion pour faire voler le drone.
Ça glisse bien, j'avance bien, malgré le fait que ce soit en légère montée. Je reprends confiance. Je me dis que le soir, si les conditions le permettent, je pourrai sortir la tente.
Je m'attaque à une montée beaucoup plus raide. À l'approche de reliefs, le vent se remet à forcir. J'observe le paysage, en quête de vie, ou d'indices de vie. Je scanne tout ce qui dépasse de la neige, espérant y détecter une forme animale. Un lagopède, un renne, ou surtout le Graal : un renard polaire. Mon imagination me joue parfois des tours, à me faire bouger des rochers. Mais rien ! Nada ! Pas la moindre trace, pas la moindre empreinte. C'est le désert total.
Voilà un petit moment que j'avance maintenant. Il est temps de faire une pause repas, pour m'éviter d'avoir à me gaver le soir comme la veille.
Dégonflage
Je ne m'attarde pas trop, car le vent et le froid ne me font pas de cadeau.
Assez rapidement, j'aperçois la cabane de Kuonjarjoki au loin.
Mince ! Déjà ? Ce n'est que le tout début d'après midi. Zut ! Qu'est-ce que je fais ? C'est vraiment trop tôt pour m'arrêter ici, je vais tourner en rond. Si je continue, où est-ce que je vais atterrir ? Est-ce que je vais à nouveau me payer un vent fort ? Parce que c'est en train de s'intensifier là. Et puis je suis toujours un peu nauséeux avec mes vertiges. Wow wow wow ! Du calme ! Ça recommence ! Je sens le peu de confiance que j'avais récupérée se faire souffler petit à petit et un petit fond d'angoisse qui s'installe.
Décidément, je ne suis vraiment pas serein sur cette aventure là.
Ah oui ! Je ne vous ai pas dit non plus ... mais avant de partir, en plus du trouble de l'équilibre, j'ai eu un autre souci de santé. Mon médecin m'a envoyé faire en urgence un scanner une semaine avant mon départ. D'après lui, il y avait un risque que je me retrouve avec une douleur tellement vive, qu'elle aurait pu me paralyser, m'empêchant ainsi de prendre tout traitement. Heureusement, le scanner a révélé que le danger était définitivement écarté. Mais dans ma tête, entre ça et le problème d'équilibre, ça m'a travaillé. Forcément, j'ai imaginé tous les pires scénarios possibles. Et je pense que ça m'a renvoyé toute ma vulnérabilité à la figure. Alors non, je ne me sens pas en confiance. Du tout.
Je décide donc, à contre cœur, de m'arrêter à la cabane. Déçu. Déçu de me dire que ce trip ne sera probablement pas une aventure aussi intense et réussie que la précédente. En plus, c'est désert, je ne vois rien. Aucune vie. Bon, ok, trop de négativisme. Il faut que je reste occupé pour ne pas que mon moral descende trop bas.
Kuonjarjoki
J'arrive à la cabane. Elle est vide mais encore un peu chaude. Mes prédécesseurs ont dû continuer jusqu'à la prochaine, ou ont posé leur tente.
Je m'installe, après avoir sorti tout mon équipement de la pulka. Je lance un feu dans le poêle, mais il a du mal à démarrer. Je ne suis toujours pas bien doué avec ça. Il va falloir que je m'entraine. Ah ! Ça semble bon cette fois-ci !
Je me mets en quête du point d'eau. Je préfère faire les corvées maintenant, pour être pénard après. Je ne vois pas de rivière, mais il y a un piquet planté au milieu de nul part en contrebas. Je vais aller voir ça.
Tiens ! Il y a finalement un peu de vie ici !
Quelques crottes et empreintes de lièvre.
J'arrive au piquet et plouf ! Je m'enfonce dans la neige jusqu'aux cuisses. J'en ressors mes bottes trempées. Merde ! C'est bien là le point d'eau et je viens de tomber dedans ! Heureusement qu'elles sont hautes et bien imperméables ces bottes. Je repense à l'avertissement du finlandais le matin.
Je retourne à la cabane pour chercher ma pelle à neige. Je vais faire des petits escaliers pour pouvoir approcher sans risquer de tomber. Ça va m'occuper.
Pour l'eau, c'est bon, le feu, c'est bon. Même s'il n'est pas très vif, il fait 14° dans la cabane, ce qui est déjà pas si mal par rapport à la température extérieure. Je prends l'envie de me plonger dans un bouquin que je me suis amené, au cas où je me retrouverais bloqué quelque part par une tempête ou je ne sais quoi. Un roman de SF plutôt "feel good". Ça a quand même de bons côtés de rester dans les cabanes, même si c'est un peu moins l'aventure.
Je ressors de temps à autre, pour voir ce qui se passe dehors. Je vois quelques empreintes de lièvre dehors. Peut-être des de renard aussi. Mais elles sont plus anciennes, donc difficiles à "lire".
Le vent a bien forci. Le ciel commence à se teinter légèrement, signe que le soleil a tout doucement commencé à se coucher.
Collocation
Alors que la nuit s'installe et que je commence à prendre mon repas, du monde arrive sur le pas de la porte. Trois personnes entrent. On se présente. Ils m'annoncent qu'ils sont un groupe de sept, avec leur guide. Ouch ! Terminé le calme...
Ils arrivent de Kilpisjärvi. Ils ont donc fait en un jour ce que j'ai fait en deux. Bon, c'est normal, on ne tire pas le même poids, on n'a pas la même pression et on n'a certainement pas les mêmes objectifs.
Ils me remercient pour mon feu, bien qu'il ne soit pas très fort. J'en ai un peu honte quand même. Je remets quelques bûches maintenant qu'il est bien lancé. Je crois que j'ai été trop timide pour l'alimenter. La température monte un bon coup, ça fait du bien.
C'est un groupe international. Je me retrouve donc à parler italien avec une de leurs membres, au fin fond de la Laponie finlandaise. Ça m'amuse.
Leur guide et le reste du groupe arrive. Il entre dans la pièce et leur annonce qu'ils ne logent pas ici, mais de l'autre côté. Pour rappel, il y a deux parties dans les cabanes finlandaises. Une ouverte, gratuite, l'autre réservable, payante. Les groupes organisés doivent obligatoirement être du côté réservable.
Je retrouve donc le calme, tout en sachant qu'il y a du monde juste à côté pour être plus serein. C'est peut-être ça le meilleur plan pour être tranquille. Je reprends donc mon repas, aux chandelles qu'ils ont allumées et qu'ils m'ont laissées.
Revontulet
Dehors, les aurores (revontulet, dans la langue locale) commencent à pointer le bout de leur nez. Elles ne sont pas très fortes, mais je prends quand même.
Le groupe vient me demander où est le point d'eau. Je leur explique, en leur disant de faire attention parce que c'est casse gueule. Je suis content de voir que mon trou et mes petites marches seront utiles à quelqu'un d'autre.
Je profite des aurores avant d'aller me coucher. Même si elles ne sont pas très fortes, elles offrent quelques bons moment.
Je rentre un petit coup pour récupérer quelque chose à l'intérieur. Mince ! J'ai gardé mon appareil photo avec moi. Grosse erreur ! Le changement brusque de température est fatal. Mon boitier et mon objectif se retrouvent instantanément trempés par la condensation. Interdiction de retourner dehors, sinon tout va geler à l'intérieur et ça risque de tout flinguer. Belle illustration de ce que je raconte chaque fois que j'expose mes photos et qu'on me demande comment ça se passe au niveau du matériel avec le froid.
Tant pis ! C'est signe qu'il est l'heure de se coucher.

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